RGAA et WCAGsont les deux acronymes qu'on croise systématiquement en accessibilité numérique. Beaucoup pensent qu'il s'agit de la même chose : en réalité, ils sont liés mais poursuivent des logiques très différentes. Voici le comparatif qu'il faut avoir en tête pour ne plus les confondre.
En une phrase
Les WCAG sont la recommandation internationale du W3C qui décrit quoi respecter. Le RGAA est la transposition française qui décrit commentle vérifier et l'impose juridiquement.
Tableau comparatif synthétique
| Critère | WCAG 2.1 | RGAA 4.1 |
|---|---|---|
| Éditeur | W3C (international) | DINUM (État français) |
| Nature | Recommandation | Référentiel juridiquement contraignant en France |
| Structure | 4 principes · 13 règles · 78 critères de succès | 13 thématiques · 106 critères · tests concrets |
| Langue | Anglais (officiel), traductions | Français (officiel) |
| Méthodologie de test | Principes de haut niveau | Tests précis reproductibles |
| Niveaux | A, AA, AAA | A, AA, AAA (identiques WCAG) |
| Valeur légale en France | Indirecte | Opposable, sanctions jusqu'à 50 000 € |
1. WCAG 2.1 : les fondations
Les Web Content Accessibility Guidelines sont publiées par le W3C. Elles sont organisées autour de 4 principes fondamentaux :
- Perceptible — l'information doit pouvoir être perçue par tous
- Utilisable — l'interface doit être manipulable
- Compréhensible — contenu et navigation doivent être clairs
- Robuste — compatibilité avec les technologies d'assistance
Pour chaque principe, les WCAG définissent des critères de succès à 3 niveaux (A, AA, AAA). WCAG 2.1 compte 78 critères de succès au total.
2. RGAA 4.1 : la méthode française
Le RGAA est basé sur les WCAG 2.1 mais y ajoute deux apports majeurs :
- Des tests opérationnels : chaque critère est décrit avec une méthode de test précise, reproductible et vérifiable par un auditeur humain.
- Une valeur juridique : imposé par le décret n° 2019-768, son non-respect peut entraîner une amende administrative (voir notre article sur les sanctions).
3. Concrètement, en quoi diffèrent-ils ?
Exemple 1 : les contrastes
- WCAG 1.4.3(AA) : "le rapport de contraste entre le texte et l'arrière-plan doit être d'au moins 4.5:1".
- RGAA 3.2: reprend cette exigence et décrit précisément comment tester, quels outils utiliser (Contrast Analyser), et les cas d'exception (logos, texte décoratif).
Exemple 2 : les alternatives textuelles
- WCAG 1.1.1(A) : "tout contenu non textuel possède une alternative textuelle".
- RGAA 1.1 à 1.9: décompose en 9 critères distincts selon le type d'image (décorative, porteuse d'information, CAPTCHA, image réactive, SVG…) avec un test précis pour chacun.
4. Quand utiliser l'un ou l'autre ?
Utilisez le RGAA si :
- Votre site est soumis à l'obligation légale française
- Vous visez le marché public ou les grands comptes FR
- Vous devez publier une déclaration d'accessibilité
Utilisez les WCAG si :
- Votre projet est international
- Vous visez les marchés US/UK (où les WCAG sont le standard de référence juridique local)
- Vous cherchez une démarche qualité plutôt qu'une conformité réglementaire FR
En pratique, respecter le RGAA implique de respecter les WCAG 2.1 niveau AA : les deux ne sont donc pas en opposition.
5. Et les WCAG 2.2 / 3.0 ?
Les WCAG 2.2 ont été publiées en octobre 2023, ajoutant 9 nouveaux critères de succès. Elles ne sont pas encore transposées dans le RGAA, qui reste sur WCAG 2.1. Une mise à jour du RGAA vers 2.2 est à anticiper mais non datée officiellement.
Les WCAG 3.0 sont en préparation (encore au stade de draft), avec une approche plus granulaire et des scores continus plutôt que binaires. Pas de reprise prévue avant plusieurs années.
Conclusion
Le RGAA est la version "prête à l'emploi" des WCAG pour le contexte français : mêmes fondations, méthode de test opérationnelle, valeur juridique. En France, viser le RGAA 4.1 niveau AA reste la bonne cible pour concilier conformité légale et qualité UX.
Pour aller plus loin :